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Née le 19 août 1883 à Saumur (Maine-et-Loire), Gabrielle Chanel est issue d'une lignée de marchands forains cévenols.
Sa mère meurt à 33 ans à peine, épuisée par les grossesses successives et une vie itinérante. La jeune fille n'a alors que 12 ans. Son père l'abandonne et disparaît à jamais, elle dira plus tard qu’il était "parti en Amérique faire fortune". La jeune fille se retrouve seule avec ses deux sœurs, Julia, 13 ans, et Antoinette, 8 ans, dans un orphelinat à Aubazine, en Corrèze. Ses deux frères sont, quant à eux, placés chez des agriculteurs.
Avec sa tante Adrienne, sœur de son père, elle devient demoiselle de magasin à Moulins, puis chanteuse de music-hall. Elle se produit en spectacle devant les officiers qui la surnomment Coco, parce qu'elle chante "Qui qu'a vu Coco au Trocadéro". Ce surnom ne la quittera plus.
Un jeune homme fortuné, Etienne Balsan, s’entiche d’elle, devient son protecteur et l’emmène à Royallieu, près de Compiègne, où il se consacre à l’élevage de chevaux et à la fête.
La carrière phénoménale de Gabrielle Chanel a des débuts modeste : comme elle s’ennuyait à Royallieu et voulait gagner son propre argent, elle installe un atelier dans la garçonnière parisienne d’Étienne Balsan. Les chapeaux qu'elle propose à ses clientes ne sont que des déclinaisons de ceux qu'elle se fabrique pour elle et qui, au château de Royallieu ont séduit ses amies, des demi-mondaines qui fréquentent le lieu.
N'ayant pas de formation technique, ni d'outils de fabrication, elle achète ses formes de chapeaux dans les grands magasins et les garnit avant de les revendre. La nouveauté et l'élégance de son style épuré font que, bientôt, elle doit faire appel à sa tante Adrienne qui a le même âge qu'elle et à sa sœur Antoinette pour la seconder.
En 1909, Arthur Capel, son amant britannique surnommé Boy, lui prête les fonds nécessaires à l'achat d'une patente et à l'ouverture de sa première boutique à Deauville pour ensuite s'établir à Biarritz et Paris, rue Cambon, déjà. Elle commence à proposer des vêtements de sports, une révolution pour l’époque.
Elle utilise la belle et élégante Adrienne comme mannequin à Deauville, qui est alors un lieu de villégiature à la mode. La pénurie de tissus due à la Première Guerre mondiale, ainsi que la pénurie relative de main d'œuvre domestique ont créé de nouveaux besoins pour les femmes. Chanel, femme libre et active, perçoit ces besoins. Elle achète à Rodier des pièces entières d'un jersey utilisé à l'époque uniquement pour les sous-vêtements masculins. Avec ce tissu, elle va pendant cette guerre habiller les femmes de tenues fluides, confortables, aux teintes neutres. Son succès lui permet de rembourser Arthur Capel et de devenir une femme indépendante financièrement.
Elle raccourcit les jupes et jette les corsets, démodant la femme ornée, qu’elle appelle la femme d’ameublement. Très vite, elle a plusieurs centaines d'ouvrières, elle achète cinq immeubles de la rue Cambon, elle habille les riches Espagnoles dans sa succursale de Biarritz.
La mort de Boy Capel en 1919, la plonge dans le désespoir. Après un temps de deuil, elle se jette dans le travail et y trouve son bonheur. Elle rencontre bientôt le grand duc Dimitri, cousin du Tsar, qui lui présente Ernest Beaux, un nez, le futur créateur du N°5.
Elle protège les artistes qu’elle aime ; elle héberge Stravinski et les siens pendant deux ans à Garches, elle signe des chèques qui évitent à Serge de Diaghilev quelques précipices. Elle paiera même ses funérailles à San Michele de Venise. Elle habille les Œdipe et les Antigone de Jean Cocteau.
Deux de ces créations les plus célèbres, le Nº5 lancé en 1921 reste un classique, ainsi que le tailleur Chanel, un ensemble féminin en tweed créé en 1954 en réaction au new look, font toujours partie de la garde-robe des femmes d'aujourd'hui. Ses vêtements au style épuré, ses tailleurs, la petite robe noire (lancée en 1926), ses bijoux baroques, ses perles font partie du patrimoine intemporel de la mode.
En 1939, sur un coup de tête, elle ferme sa maison. Les parfums Chanel suffisent largement à son train de vie. Installée à l'Hôtel Ritz, parmi ses paravents en laque de Coromandel, elle y vit durant la Seconde Guerre mondiale avec l'officier allemand des services de renseignements Hans Gunther von Dincklage. Seule son amitié avec Winston Churchill lui évite de graves ennuis à la Libération.
Le 5 février 1954, après quinze années d'inactivité, Chanel rouvre sa maison de couture avec difficultés à l'âge de 71 ans. Mais le succès se manifestera dès sa seconde collection et ne se démentira plus. En janvier 1971, elle meurt au Ritz, laissant un héritage considérable à la mode.
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